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Protestation solidaire contre le détournement communicationnel de l’œuvre de Stéphane Hessel dans l’hommage national prononcé par le Président de la République Française le 7 mars.

vendredi 8 mars 2013, par Majed Bamya, Aliette G. Certhoux

Le Président Hollande évoquant Stéphane Hessel lors de l’hommage national qui lui a été rendu aujourd’hui [1] :

« Il pouvait aussi, porté par une cause légitime comme celle du peuple palestinien, susciter, par ses propos, l’incompréhension de ses propres amis. J’en fus. La sincérité n’est pas toujours la vérité. Il le savait. Mais nul ne pouvait lui disputer le courage. »

Il semble que le Président de la République représentant tous les français ait manqué d’éthique présidentielle lorsqu’il exprima au titre de la nation entière son opinion personnelle égale à une vérité générale, pour déjuger et réviser l’œuvre de Stéphane Hessel, le corrigeant de façon posthume dans une formulation du discours insinuant que Stéphane Hessel fût lui-même revenu sur ses convictions (ce qui n’est absolument pas le cas [2]). Ce fut lors de l’hommage national, que pourtant il aurait été impossible de ne pas rendre à l’un des résistants militaires de la France libre, et des derniers survivants du Conseil National de la Résistance, aussi internationalement connu que Stéphane Hessel.
Grossièreté à l’égard du défunt forcément absent pour remettre les choses au point, et abus de se dire son ami (si Stéphane Hessel s’était souvent déclaré compagnon de route de Martine Aubry, jamais il ne le fit concernant François Hollande, même s’il se rangea à ses côtés avec Raymond Aubrac sur la scène ultime de la campagne électorale présidentielle, pour battre Sarkozy). Manque de dignité eu égard à la fonction publique suprême face à la diversité des situations des électeurs dont la diversité juive dans ce domaine brûlant, et abus de pouvoir d’exprimer une opinion personnelle à l’égide d’une vérité présidentielle arbitraire, contre celle de l’homme illustre, au vu international [3], sensé être honoré par le discours qui offensa son engagement jusqu’au bout. Enfin, redoublement agressif de l’offense à l’encontre de Christiane Hessel Chabry, témoin sur place, direct, de l’hommage, éprouvée par la perte de l’être cher, elle-même auteur du livre Gaza j’écris ton nom !, dont la publication à la fin de 2011 avait été vilipendée et des actes de vandalisme avaient été commis sur la façade de l’immeuble où ils habitaient, par des nationalistes extrémistes, à Paris.
Ou alors, il ne fallait pas lui organiser d’hommage national.
C’est pourquoi, en tant que citoyenne et électrice, voici une solidarité au peuple palestinien et aux juifs progressistes qui le soutiennent, également en Israël, pour une paix juste et durable au Moyen Orient, et contre l’apartheid en Israël-Palestine, en rappelant que Stéphane Hessel était pour la solution la moins radicale, c’est-à-dire deux États, quand il existe des projets non moins légitimes d’un seul État binational, ou d’un seul État démocratique pour tous, étant donné le rétrécissement des territoires à l’aune de l’accroissement des colonies et la question démocratique au-delà du communautarisme.
Loin d’être un extrémiste, il fut de ceux qui votèrent pour la création d’Israël puis un témoin diplomatique des négociations entre palestiniens et israéliens à Camp David, aux États-Unis, et s’attacha à aider la progression de la feuille de route vers l’État palestinien, après les accords d’Oslo. Mais on sait depuis que les accords d’Oslo laissant les territoires palestiniens sous la direction d’Israël ce fut l’inverse qui se produisit. Après l’assassinat de Yitzhak Rabin, l’État palestinien à advenir commença par devenir un lieu ségrégatif, où à son tour Yasser Arafat fut assassiné, puis les deux signataires d’Oslo étant éliminés, ce furent des camps de rétention subissant la répression sous toutes ses formes, des plus quotidiennes et insidieuses aux plus violentes et massives. Tandis que l’accélération de la colonisation israélienne les dévoraient et poursuit de les dévorer.
Aussi, face à l’urgence sociale, à l’embargo terrible sur une population enclose, à la division des familles d’un territoire à l’autre, aux souffrances, et aux bombardements de la population civile de Gaza, Stéphane Hessel s’était rallié comme beaucoup d’autres, telle Judith Butler, au mouvement non violent BDS, notamment pour faire cesser l’apartheid, — et quant à lui en tant que Président d’honneur du Tribunal Russel pour la Palestine, organisation fondée pour mettre à jour les crimes de guerre et contre l’humanité dans l’opération Plomb durçi, en 2008-2009.
Nous diffusons solidairement la belle lettre ouverte de protestation adressée au Président, par Majed Bamya, chercheur, juriste, écrivain, journaliste, pacifiste culturellement actif sur le terrain en Palestine, et diplomate à la Délégation générale de la Palestine auprès de l’Union Européenne.

Tribunal Russel pour la Palestine, session de clôture de Bruxelles, 16-17 mars 2013.

La page Facebook de cette dernière session que Stéphane Hessel devait co-présider. Christiane Hessel et Edgar Morin viendront lui succéder pour le représenter.

Cahier de L’Herne, Justice pour la Palestine ! à paraître le 20 mars 2013, notamment présenté par Stéphane Hessel avec d’autres membres du Tribunal Russel pour la Palestine.

A. G. Certhoux,
solidaire de la protestation


Stéphane Hessel,
est né le 20 octobre 1917 à Berlin et mort à Paris le 27 février 2013.
(en.wikipedia)



Lettre ouverte d’un palestinien
au Président de la République française
suite à l’hommage national rendu à Stéphane Hessel


Source Facebook

by Majed Bamya on Thursday, 7 March 2013 at 21:20 ·

Le Président Hollande évoquant Stéphane Hessel lors de l’hommage national qui lui a été rendu aujourd’hui :

« Il pouvait aussi, porté par une cause légitime comme celle du peuple palestinien, susciter, par ses propos, l’incompréhension de ses propres amis. J’en fus. La sincérité n’est pas toujours la vérité. Il le savait. Mais nul ne pouvait lui disputer le courage ».

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Monsieur le Président,

Des millions de personnes ont suivi l’hommage rendu par la France à l’un de ses citoyens, qui a réussi par ses actes et ses paroles à raviver des valeurs universelles en manque d’incarnation, et à donner corps aux aspirations d’une jeunesse en quête de repères. Vous avez compris qu’au coeur du combat de Stéphane Hessel, il y avait la liberté, et sans doute la dignité humaine. Ce combat, il l’a mené comme résistant, comme diplomate, comme militant, comme écrivain. Il n’a jamais déposé les armes et a continué à défendre jusqu’à son souffle ultime cet absolu, faisant face aux fatalistes, aux résignés, aux frileux.

Parmi ses combats multiples, un lui a tenu particulièrement à coeur ces dernières années, la Palestine. Peut être avait-il compris qu’à toute époque, un combat symbolise plus que tout autre cette lutte permanente contre l’injustice ? Le résistant de la libération pouvait-il être autre chose que le pourfendeur de l’occupation ? Stéphane Hessel a défendu la Palestine, au nom du droit, de la justice, de la liberté, du devoir de solidarité. Il l’a toujours fait en se conformant aux valeurs universelles qui lui ont servi de boussole, et non seulement d’étendard. Il l’a fait au nom de la paix qui ne peut être fondée que sur la fin de l’injustice et non sa perpétuation. Pourquoi, alors, Monsieur le Président, ce besoin de vous distancer d’un homme dans un combat honorable comme celui-ci ?

Monsieur le Président, Stéphane Hessel refusa en permanence d’être le témoin de l’histoire, fut-il privilégié, pour assumer avec détermination le rôle d’acteur. Il a refusé de se laisser intimider par les surenchères, les mensonges, les pressions. Ce qui fait de lui un grand homme n’est pas seulement ce qu’il a accompli mais le chemin qu’il a pavé pour nous, afin que nous puissions à notre tour défendre ce même idéal qu’il a voulu nous léguer. Car l’oeuvre majeur de Stéphane Hessel, celle qui est aussi au coeur de son ouvrage, est ce devoir de transmission. « Indignez vous ! » nous a-t-il lancé, nous rappelant que le salut venait d’abord de la capacité à défier l’injustice. L’esclavage fut aboli, l’apartheid s’effondra, le colonialisme céda. Tant reste pourtant à faire pour fonder la justice politique et sociale que cette génération appelle de ses voeux, et pour laquelle elle s’est soulevée aux quatre coins du monde.

En rendant hommage à Stéphane Hessel, la France aurait dû se parer sans nuances de cet idéal. La France est loin d’avoir été toujours exemplaire, mais en dépit de ses tergiversations, elle sut contribuer à la définition de cet idéal humaniste dont Stéphane Hessel est devenu l’une des figures les plus emblématiques. Oui, la France s’est parfois reniée. La France coloniale, la France de Vichy, la France de l’extrême droite. Mais chaque fois qu’elle s’est hissée à la hauteur de l’histoire, elle s’est montrée capable d’être un grand pays, en dépit d’une géographie étroite. C’est la France de la République qui défie des siècles de monarchie absolue. C’est la France qui fait, à la sortie de la seconde guerre mondiale, le choix de l’Europe, barrant la voie aux nationalismes exacerbés. C’est la France qui fonde sa démocratie sociale au moment où le pays en ruine aurait pu être abandonné aux égoïsmes. C’est la France qui dit non à la guerre contre l’Irak alors que ses intérêts à court terme aurait pu troubler son jugement.

Sur la question palestinienne, le peuple français n’a jamais été aussi clair, il soutient la liberté, la justice, le droit contre ces maux terribles que sont l’occupation, l’oppression et l’indifférence. La France a souvent été sur cette question à l’avant garde, osant adopter des positions courageuses qui nous ont permis d’avancer vers la reconnaissance des droits du peuple palestinien. En ce sens, Stéphane Hessel a incarné une certaine vision de la France et d’un humanisme qui trouvent leurs racines dans les leçons tirées des ténèbres, et dans l’idéal qui fonda les lumières. Le premier Ambassadeur de France, l’un des rédacteurs de la déclaration universelle des droits de l’Homme, ce citoyen engagé du monde a toujours été fidèle aux principes qui ont fondé la République : la liberté, l’égalité, la fraternité.

Monsieur le Président, vous aviez l’occasion de vous démarquer de ceux qui, en France et ailleurs, ont décidé de défendre l’indéfendable : l’occupation d’une terre et l’oppression d’un peuple. Vous avez choisi de vous démarquer de celui qui se rangea, comme toujours, du coté de la liberté et de la justice, au nom des valeurs universelles, et d’un principe qui se trouve au coeur de la révolution française : « les Hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit ». Aucune formule ne saurait mieux expliquer l’essence de notre lutte. Si la cause palestinienne est légitime, et elle l’est comme vous le reconnaissez, alors votre incompréhension ne l’est pas.

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Edgar Morin ne manque pas d’exprimer sa révolte un peu plus tard dans la journée devant le cercueil de Stéphane Hessel au cimetière du Montparnasse :


L’hommage d’Edgar Morin à Stéphane Hessel par Mediapart

L’article explicatif d’Edwy Plenel dans son blog sur Mediapart : Stephane Hessel parmi les siens (...).



L’hommage de Michel Rocard à Stéphane Hessel par Mediapart


* Si le tweet qui apparaît dans la fenêtre d’envoi est trop long, (le nombre de signes en excès apparaissant dessous, précédé de : "-") le raccourcir avant de l’envoyer, en prenant soin de ne pas supprimer le lien même de l’article.



P.-S.


BDS : Stéphane Hessel répond à P-A Taguieff et... par ALGERIEFOCUSTV


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Stéphane Hessel, Indignez-vous !
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Christiane Hessel Chabry,
Gaza, j’écris ton nom
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Notes

[1] Discours des invalides le 7 mars 2013.

[2] bien au contraire : sa mort eut lieu avant la publication du Cahier de l’Herne dédié à la Palestine dont il a assuré la maîtrise, et avant la session bruxelloise du Tribunal Russel pour la Palestine, qu’il devait co-présider.

[3] Mercredi matin, 6 mars 2013, « le Conseil des droits de l’homme — institution de 47 États membres actuellement en session à Genève — a observé une minute de silence en hommage à Stéphane Hessel. C’est la première fois de son histoire que le conseil rend un tel honneur. » (Source dans le site de l’ONU).